Terrain et archéologie publique (ou Pourquoi faut-il reconsidérer même des liens apparemment clairs ?)
DOI :
https://doi.org/10.21301/eap.v14i3.3Mots-clés :
archéologie publique, terrain archéologique, autorité de la profession, récit sur le passé, SerbieRésumé
L’archéologie publique, l’archéologie communautaire, l’archéologie pour le public comptent parmi les termes désignant les différentes manières pour les archéologues d’atteindre le public ou de l’inclure dans la pratique disciplinaire, convaincus que l’archéologie ne doit pas agir en isolation. En premier lieu, on habilite le public et leur enseigne l’importance sociale de l’archéologie.
Les archéologues sont principalement perçus par le public comme les personnes faisant les fouilles ou découvrant le passé. Soit qu’on informe, éduque ou inclue le public, soit qu’on travaille pour le public ou avec lui – ou que le public traite de l’archéologie tout seul – le terrain archéologique est non seulement l’image la plus reconnaissable et la plus populaire de l’archéologie pour l’archéologie publique, mais il est indubitablement son activité fondamentale. Les fouilles sur le terrain sont perçues en Serbie comme presque la seule manière de produire le passé, et les directeurs des fouilles, les participants aux fouilles ou les interprètes des fouilles sont reconnus comme porte-parole crédibles (et souvent uniques) de la discipline. L’autorité est obtenue par les découvertes et la visibilité par la popularisation. L’archéologie publique est en grande partie vue comme les relations publiques, même comme les relations avec les médias.
Une des conséquences de l’anxiété collective, du néo-libéralisme ou du populisme politique actuel est la tendance à l’augmentation du discours de la mémoire et de la muséalisation de la société. Cette politique contemporaine de mémoire est la réponse à la maîtrise du temps et de l’espace actuels où les changements s’accélèrent et les valeurs traditionnelles s’effondrent. En plus, la nouvelle réalité politique depuis des années 90 en Serbie a dissous le capital symbolique de la supra-nation, et la constitution de la nouvelle mémoire collective et de l’identité culturelle s’est présentée comme nécessaire. On a choisi le récit de « la nation (céleste) avec l’histoire » sur le territoire ayant une verticale spirituelle particulière et la célébration d’une nation unique, homogène. La création de cette nouvelle identité a été et est aidé par les sciences traitant du passé, et dans ce processus, les différentes institutions – parmi lesquelles celles engageant les archéologues – font un pas en avant « en incisant » cette nouvelle mémoire culturelle/politique « dans le cœur et dans l’âme ». Ce « pas en avant » démontre qu’ils reconnaissent le public devant lequel ils sont responsables exclusivement dans les structures du pouvoir. La crise institutionnelle et morale est évidente : on fouille(ra) ce que selon la profession (mais aussi selon d’autres acteurs de l’archéologie publique – conservateurs, curateurs, communauté académique et public) n’est pas à fouiller. On a fréquemment recours au sensationnel, unique ou doré, en rentrant dans la sphère du populisme, principalement pour assurer le soutien social et politique à ses propres projets, le financement (continu), mais souvent aussi le prestige. Les récits autorisés sur le passé et l’héritage emballé proposé corrompent en grande partie l’image de l’archéologie et contribuent à une mauvaise compréhension du passé. Dans cet article on présente des exemples de la bonne et de la mauvaise pratique avec l’intention de compléter le besoin de promouvoir par la responsabilité et l’archéologie publique en Serbie par de nouveaux objectifs.
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